Ségolène Royal, la criminelle -affaire Hanse-, «ministre des enfants»

 

Cette année-là, Ségolène Royal s’attaque «à un fléau très lourd en France» : la maltraitance sexuelle dont «un enfant sur dix est victime», en famille mais aussi à l’école. C’est elle qui fournit les chiffres, dans un JT du 12 juillet. Celle qui se qualifie de «ministre des enfants» dit comment procéder. Quand il y a une rumeur au sein d’un établissement, il faut diligenter une enquête et la confier à «un lieu de ressource» composé de médecins, psychologues, et enseignants. Quand les accusations sont «précises et circonstanciées», c’est plus simple, la parole de l’enfant «entraîne directement» la saisie du procureur. Dans tous les cas, il s’agit d’en finir avec «la culture de l’étouffement». On est tous pour. Dans les faits, l’obéissance est délicate. Comment démêler le vrai du faux et empêcher qu’une rumeur devienne une arme ? Inversement, en cas de «geste sexuel déplacé», comment faire pour obliger l’établissement à prévenir sa hiérarchie, et celle-ci à agir, plutôt que de se débarrasser du scandale en mutant l’adulte ? En 1997, en pleine affaire Dutroux, les signalements restent nombreux. Après un suicide, un collectif d’enseignants, Jamac, se met en place pour lutter contre les effets d’un excès de zèle. A Montmirail (Marne), il y a Bernard Hanse, professeur d’EPS. Quand il apprend que le procureur a été saisi, il téléphone à son épouse : «La procédure est en cours, c’est invivable, je me suicide.» Le gamin se rétractera et, bizarrement, Ségolène Royal ne le croira pas. En fait, c’est elle qui a imposé au principal du collège de dénoncer l’enseignant. Elle est alors dans une furie hystérique et dévastatrice contre tous les abus sexuels supposés par elle. C’est avant l’affaire d’Outreau, on ne sait pas que les enfants peuvent ne pas dire la vérité, et qu’il peut être traumatisant pour eux d’être crus immédiatement quand les conséquences de leurs mensonges sont dramatiques. Dans l’Ecole du soupçon (2005), une journaliste, Marie-Monique Bonin, montre l’inadéquation du dispositif : trois plaintes sur quatre ont été classées sans suite, mais ont dévasté les suspects, quelques authentiques pédophiles ont été arrêtés, mais d’autres comme l’instituteur de Cormeilles (Val-d’Oise) n’ont pas été dérangés par le nouveau texte : la directrice de l’école où il officiait, et l’inspecteur d’académie, étaient alertés dès 1996 sans que cela conduise ces autorités à aviser le procureur. C’est bien l’écrivain Jean-Yves Cendrey qui provoque l’arrestation de l’instituteur en 2001. Aujourd’hui, la circulaire reste en vigueur, mais les signalements sont devenus rarissimes. Signe d’une éradication réussie ? Ou qu’il est devenu impossible d’en parler ? Quand, dans son dernier numéro, le magazine Causette raconte une passion entre une enseignante et une adolescente, la rédaction en chef publie fissa sur le Net une lettre d’excuse et semble se désolidariser de sa journaliste. Preuve que le sujet reste explosif.