Cinq façons de ridiculiser la France (5.2)

 

Eloge de Castro : Mélenchon remercie Royal de «rétablir un peu l'équilibre» (5.2)

D’emblée Mélenchon pointe du doigt les caricatures de Castro et de son héritage. Il ne fait aucun doute qu’il pense aux caricatures relatives au système de santé cubain, réussite artificielle qui masque à peine un cruel échec. Le tour de magie est connu : envoyez des médecins à l’étranger pour prouver au monde entier que vous pouvez vous le permettre, tellement les soins chez vous y sont prodigués avec excellence. Les Soviétiques avaient fait pareil avec l’export de céréales en pleine famine : s’ils exportent des vivres, c’est qu’il n’y a pas de famine.

DES ERREURS ET DES APPROXIMATIONS

Plus tard, dans son hommage, il souligne subtilement que Cuba n’atteint pas les exigences des pays plus développés, il n’est donc pas tombé dans le panneau castriste. On ne la lui fait pas, à lui.

«Et pendant toutes ces années, ce blocus interminable, qui d’abord portait sur le 20% de l’économie cubaine puisque les Russes pourvoyaient aux 80% restant ; et puis après, la chute du mur a vu Cuba quasi isolé ne disposant plus de rien ou presque sinon de la force de son peuple […]»

 

Il est une voix à contre-courant sur Fidel Castro. La réaction de Jean-Luc Mélenchon aux propos tenus par Ségolène Royal depuis Cuba étaient donc particulièrement attendue. C'est sur France3, ce dimanche 4 décembre, que le héraut de la France insoumise s'est félicité de la déclaration de la ministre sur le bilan positif du Lider maximo.

"Je dis merci à Ségolène Royal d'avoir, en forçant un peu le trait, rétabli un petit peu l'équilibre", a-t-il conclu une intervention durant laquelle il a rendu hommage à celui que "les Etats-Unis ont tenté d'assassiner plus de 600 fois".

A Santiago de Cuba où elle représente la France pour les obsèques de Fidel Castro, Ségolène Royal a défendu son bilan et mis en doute les accusations de violations des droits de l'homme. "Pourquoi y a-t-il eu tant de haine contre cette petite île, sa population et son leader politique", s'est demandé Jean-Luc Mélenchon. Il s'est ému qu'on ait assisté aux funérailles du roi d'Arabie Saoudite, "un homme qui faisait fouetter, amputer et réprimer la liberté"./2

 

« Les bras vous en tombent ». Ce dimanche matin, François Bayrou était atterré. Non par le renoncement de François Hollande jeudi soir, alors qu'il l'avait soutenu en 2012, ni par la défaite très nette de son candidat Alain Juppé à la primaire de la droite. Non, le président du Modem n'en revient pas des mots prononcés « au nom du gouvernement français et de la France » par Ségolène Royal à Cuba. Samedi soir, la ministre de l'Environnement, qui représente François Hollande aux obsèques de Fidel Castro, a nié les violations des droits de l'Homme sur l'île en invoquant, notamment, un argument confondant : « Quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n'en a pas ».

 

« Il n’y a pas de limite aux bêtises que les responsables politiques peuvent dire », a réagi, estomaqué, François Bayrou, au Grand Rendez-vous Europe 1iTéléLes Echos. « Si la longue liste des fusillés, des exilés, de ceux qui ont été mis en prison par le régime que Madame Royal exalte, se présentait devant elle, elle rougirait », juge le maire de Pau, pour qui cette déclaration est « pire » qu'une faute politique.

 

 

« Ma gauche à moi, elle n’encense pas Fidel Castro car il est loin d’être un parangon de vertu démocratique », a sèchement rétorqué Juliette Méadel, secrétaire d'Etat en charge des Victimes, sur BFM Politiqueavec Le Parisien. « J'ai toujours eu un peu de mal avec cette mythologie qui a été inventée autour de Fidel Castro ». Et la secrétaire d'Etat de rappeler qu'elle a beaucoup soutenu Ségolène Royal en 2007, « elle a été l'une des premières à dire des choses qui sont vraies aujourd'hui, elle a fait avancer le débat, mais sur son analyse du castrisme, je ne m'y retrouve pas », a conclu Méadel.

 

« Ce qu'a dit Ségolène Royal manque de mesure, de lucidité et de respect pour l'ensemble des victimes, incontestables et incontestées, de ce régime », avait tancé un peu plus tôt le vice-président du FN Florian Philippot, évoquant sur France Inter « des persécutions contre des opposants politiques, même contre d'autres minorités, les homosexuels, etc ». Cuba est, pour le député européen, « tout sauf une grande démocratie et un merveilleux espace de respect des droits de l'Homme ».

 

« Aveugle, stupide ou cynique ? »

 

Député écologiste réformiste et candidat à la primaire organisée par le PS, François de Rugy a demandé, dans un tweet, au « président de la République de désavouer ces propos sur Cuba, contraires aux valeurs de la France ».