Les nuages s’accumulent sur sa gestion du Poitou-Charentes

 

A-t-elle bien ou mal géré la région Poitou-Charentes, dont elle a eu la charge entre 2004 et 2014 ? Le rapport de la chambre régionale des comptes, qui revient sur la gestion des années 2011-2015 pour mieux mesurer les enjeux de la fusion du trio Aquitaine, Poitou-Charentes  et Limousin, sera officiellement dévoilé bientôt.  Il y a une semaine, la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’Energie s’était dite « très contente des résultats de ce rapport (...) qui clarifie les choses », et « démonte les accusations vraiment diffamatoires qui ont été faites pour détruire ». Ses détracteurs, eux, rivalisent de critiques sur sa « mauvaise gestion ».  Au-delà du débat très politique, qui a entouré ces derniers jours la publication de ce document très attendu, le Parisien-Aujourd’hui en France, qui s’est procuré la synthèse du rapport définitif, a fait le choix de revenir sur les chiffres clés issus de ce travail, qui compare systématiquement les choix budgétaires et financiers faits dans chacune des trois régions. Sollicitée, elle, a répondu sur chacun de ces points. 

 Certes, partout, la dette a progressé. Mais en Poitou-Charentes, elle a bondi de « 51,4% » sur la période 2011-2015, un record…. La capacité de désendettement (nombre d’années nécessaires pour revenir à flot) de la région avoisine en 2015 les 19 ans, « contre 5,2 ans l’année précédente », pointent les magistrats. Rappelons que le seuil d’alerte est de 8 ans, et que passé le cap des 15 ans, on peut officiellement parler de « surendettement ». 
«En 2015, je n’étais plus présidente de région, donc cela ne me concerne pas », a-t-elle confié avec sa légendaire honnêteté….( et merci pout Macaire, le nouveau président qui ne peut mais de la gabegie des années antérieures ). Selon elle, il faut aussi parler du « taux d’endettement de la région Poitou-Charentes (...) inférieur à celui de la moyenne nationale ». Pour la ministre, la situation de la région Aquitaine mériterait qu’on s’y intéresse davantage : « le taux d’endettement y a doublé en quatre ans, et 130 millions d’€ de dépenses n’y sont pas budgétés. ». Parfois, le niveau élevé de la dette s’explique par des investissements élevés (construction d’écoles, routes, etc.) nécessaires à l’amélioration de la vie. Au niveau national, on appelle cela la « relance »... Rien de tel ici, au contraire... Les dépenses d’équipement par habitant (qui incluent les subventions) ont atteint en 2015 « 153 € en Aquitaine, 125 € en Limousin et 73 € en Poitou-Charentes, contre 120 €, en moyenne, en France ». « Un gros investissement portant sur les trains n’est pas visible, car inscrit dans un budget annexe. Par ailleurs, nous avons fait le choix de développer la formation professionnelle et l’Education, qui n’entrent pas dans ce budget-là », a-t-elle réagi en toute bonne foi….. 

Des charges de fonctionnement en forte hausse. Sur la période, elles ont fait un bond de 12,1%. Tous les postes augmentent, qu’il s’agisse des dépenses de personnel, des aides aux personnes, etc. La hausse est plus modérée dans les deux autres régions : + 3,7% pour l’Aquitaine et + 10,5% pour le Limousin. 

 Le point le plus noir est que 10%  de ces emprunts sont «  toxiques ».  Comme un récent audit d’Ernst and Young l’avait pointé, la région Poitou-Charentes a eu un temps recours à des emprunts toxiques. Si la région Aquitaine s’est contentée d’une politique prudente (emprunts à taux fixes), la Cour estime que la région pilotée par elle, elle, avait « développé avant 2010 une pratique d’endettement plus risquée, intégrant des produits dits structurés (emprunts toxiques ). «  Après la publication, fin 2009, d’une charte de bonne conduite, seuls des emprunts classiques ont été souscrits », soulignent cependant les magistrats. « Nulle part dans ce rapport, il n’est écrit que ce sont des emprunts « toxiques », et toutes les collectivités locales y ont recouru à une période », s’est t’elle défendue. Mais sa cause est border line…