Européennes : lutte des p(c)laces entre Aubry et Jadot

 

 

Les coups fusent entre Manon Aubry et Yannick Jadot, candidats des Insoumis et des écologistes aux européennes, au coude à coude dans les sondages.

Ce n’est peut-être pas la guerre, mais le match est bel et bien lancé entre Manon Aubry, la jeune tête de liste des Insoumis pour les européennes et Yannick Jadot, son adversaire écologiste. Et ce match se révèle, au fil des sondages, tellement serré que tous les coups - ou presque - sont permis.

Lors du premier débat entre les candidats sur le plateau de France 2, le 4 avril dernier, les passes d’armes entre les deux chefs de file ont été nombreuses et musclées. Sur le Brexit ou sur les règles européennes, le ton est vite monté. « Comment faites-vous la transition écologique quand vous devez respecter les 3 % de déficit ? » lance l’Insoumise, pour qui rien n’est possible au sein de l’Union européenne si les traités ne sont pas remaniés de fond en comble. « J’espère, madame, que vous serez élue au Parlement européen, vous verrez qu’on peut faire plein de choses sans changer les traités », lui rétorque Jadot, europhile convaincu.

Parfois, c’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui part à l’offensive, n’hésitant pas à emprunter des accents dignes du candidat-tribun qu’il a été lors de la campagne présidentielle. « Yannick Jadot a voté tous les textes du Parlement européen sur l’OTAN, tous, lançait le leader de la France Insoumise au cours d’un meeting à Caen, en mars dernier. Si vous aimez les porte-avions de l’OTAN, votez Verts ! » La riposte n’a pas tardé. « Je n’ai pas le souvenir que l’économie façon Maduro (NDLR : président du Venezuela) ait jamais servi l’environnement ou les hommes », lui renvoie, grinçant, Jadot, lors d’un déplacement à Toulouse.

EELV s’éloigne de la gauche

Pourquoi une telle animosité ? Parce que les élections cette année sont, plus que jamais, placées sous le signe de l’écologie. Notamment à gauche où tous les partis, de la France Insoumise à Génération.s, Place Publique/PS et, bien sûr, Europe Écologie-les Verts, y voient une « nouvelle frontière » idéologique et électorale à conquérir. Mais c’est entre le mouvement de Mélenchon et le parti dirigé par David Cormand que la compétition est la plus féroce.

« Les deux listes se marquent à la culotte, autour de 7 à 9 %, explique un candidat inscrit sur la liste Place Publique/Parti socialiste qui, lui, tente d’analyser froidement, du haut de ses 6,5 %, le jeu de ses adversaires. C’est qui de Manon Aubry ou de Yannick Jadot coiffera l’autre au poteau. » Une « lutte des places » d’autant plus vive que le recentrage marqué d’EELV - « l’écologie n’est pas de gauche, c’est un combat de société », estime Jadot - laisse espérer aux Insoumis des débauchages d’électeurs écolos décontenancés.

Oublié le temps où Manon Aubry, alors porte-parole de l’ONG Oxfam France, se rendait au Parlement à Strasbourg pour présenter, en toute confiance, ses propositions pour lutter contre les paradis fiscaux à Eva Joly, ancienne juge au pôle financier de Paris et eurodéputée… vert ! Oubliées les riches heures de l’eurodéputé Mélenchon qui applaudissait à tout rompre les discours contre le Tafta, le traité commercial transatlantique, tenus alors par un certain Yannick Jadot. Oublié enfin l’époque pas si lointaine où l’Insoumis Younous Omarjee se battait contre la pêche électrique aux côtés des Verts à Strasbourg…

«Ni tension ni agressivité»

« Je vois bien que Mélenchon veut faire de moi un ennemi et cherche à brutaliser le débat politique, soupire, mi-figue mi-raisin, Jadot. C’est peut-être parce qu’il est passé en deux ans de 20 % à la présidentielle à 7 % des intentions de vote et qu’une partie de ses électeurs nous a rallié. Mais il a tort. Il devrait plutôt défendre ses idées qu’agresser ses concurrents. Moi, mon adversaire, c’est le dérèglement climatique. Et si je devais avoir un ennemi, ce serait l’extrême droite. »

« Il n’y a ni tension ni agressivité, soutient de son côté Manon Aubry. Avec Yannick Jadot, on fait d’ailleurs le même diagnostic écologique et on peut se retrouver sur des combats comme l’interdiction du glyphosate. Mais nous avons des divergences de fond sur les traités européens, les accords de libre-échange, le soutien ou pas aux Gilets jaunes, l’écologie sociale. Les Verts ne rejettent pas l’idée de faire des majorités avec des partis libéraux au Parlement européen. Ce qui pour nous est inacceptable. Mais nos principaux adversaires, ce sont la liste En Marche et le Rassemblement national. »

À un mois et demi du scrutin, tout est encore possible. « Au regard du faible taux de participation attendu pour les européennes, les positions des deux partis peuvent encore évoluer, souligne un expert du scrutin européen. Et même si ni Aubry, ni Jadot ne réalisent de scores extraordinaires, mieux vaut arriver en tête des deux listes. » L’enjeu ? Les municipales de l’an prochain. Un scrutin qui débouche le plus souvent sur la constitution de majorité de projet entre les partis. Et où, pour négocier, mieux vaut avoir été en position de force lors des précédentes élections. En l’occurrence, les européennes de mai prochain.