Yannick Jadot : «La responsabilité des écolos est d'avoir le groupe le plus puissant au Parlement européen»

Par Rachid Laïreche, Photos Denis Allard et Denis Allard — 

La tête de liste EE-LV aux élections européennes a tenté de convaincre lors d'un meeting final au Cirque d'hiver mardi soir que «le temps des écologistes est venu». José Bové et Eva Joly étaient présents.

Mardi soir, toutes les têtes d’affiche vertes se retrouvent au milieu de la piste du Cirque d’hiver. Ils sont entourés de douze grosses étoiles vertes. Elle représente l’Europe. Les plus festifs y voient une publicité pour les bières Heineken. José Bové fait des petits pas de danse. Karima Delli aussi. Il est 23 heures et des brouettes et les écolos profitent de leur seul (et très long) meeting parisien. Des derniers câlins avant la vérité des urnes. Dimanche approche. Et la liste menée par EE-LV s’imagine avec un score à deux chiffres. Persuadée que les citoyens hésitants glisseront un bulletin dans l’isoloir. La chute peut faire mal. Yannick Jadot préfère ne pas y penser. Sûr de ses forces : «Le temps est venu de l’écologie, le temps est venu d’une Europe du climat, du bio, de la fin du nucléaire.»

Un peu plus tôt, dans un café juste en face du Cirque, le chef des écolos a donné rendez-vous à la presse. «Confiant» à quelques jours du vote. David Cormand a profité de l’occasion pour livrer son «agacement». Il vit mal les attaques des insoumis sur les réseaux sociaux. «Des insultes», dit-il. Le chef des écolos a écrit dans une tribune, destinée à Jean-Luc Mélenchon, publiée dans les colonnes de Libé : «Le mensonge et la calomnie ne sont pas dignes de la légitimité du débat que nous devons avoir ensemble. Or, tu as récemment affirmé que EE-LV s’apprêtait, les élections européennes passées, à constituer une grande coalition avec LREM, le PS et les Républicains. En tant que secrétaire national de EE-LV et candidat sur la liste Europe écologie que nous présentons, je suis bien placé pour savoir que tes propos relèvent de la pure mauvaise foi.» Les insoumis préparent une réponse à la tribune de Cormand.

 «C’est tendance d’être vert»

Dans la foulée, Eva Joly prend place sur la piste du cirque. La députée européenne sortante – qui ne se représentera pas – est accueillie en star. Les militants se lèvent, les «Eva» pleuvent. La magistrate retrace les combats des écolos au Parlement, elle se dit «fière» de passer le relais à une nouvelle génération. Mais elle n’oublie pas l’actualité. Eva Joly s’adresse également à Jean-Luc Mélenchon. «La campagne qu’il mène contre nous n’est pas raisonnable. Qu’il utilise son énergie qui est grande contre Marine Le Pen et ses horribles acolytes. Mes camarades insoumis valent mieux que cette campagne de dénigrement», dit-elle. La liste EE-LV tente de mettre à un terme à la tension. Elle souhaite se concentrer sur Emmanuel Macron, afin de casser le match qu’il mène contre le Rassemblement national. Un duel qui irrite toutes les listes, à gauche comme à droite.

Moustache, veste en jean, pantalon en jean et grande foulée. José Bové est énergique. Comme Eva Joly, il a décidé de ne pas se représenter. La fin d’une époque. Mais avant de tourner définitivement la page du Parlement européen, José Bové souligne l’importance des écolos à Strasbourg qui, selon lui, «ont fait le boulot» mieux que tous les autres. «C’est tendance d’être vert», ironise-t-il. Puis, il fait une référence au prochain groupe de La République en Marche : «Les libéraux de l’Alde ils sont toujours allés à la bataille pour toujours plus de technologie, une agriculture plus libérale. Ceux qui veulent aller à eux, je leur souhaite bonne chance.» Ses anciens collègues d’EE-LV, Pascal Canfin, Pascal Durand et Daniel Cohn-Bendit apprécieront.

«Ils ont failli»                               

En coulisse, juste avant de grimper sur scène, Yannick Jadot fait les cent pas. Se regarde dans le miroir. Il fait un petit pas de boxeur. Et pénètre sur le ring les bras levés. La tête de liste a longuement évoqué Emmanuel Macron qui organise «la confrontation avec le Rassemblement national et le banalise»«Une désertion lamentable»pour un «président qui a fait de l’Europe un grand thème de sa campagne présidentielle». Il poursuit : «La responsabilité des écologistes n’est pas de rejouer le second tour de la présidentielle, mais d’avoir le groupe Verts le plus puissant au Parlement européen.» A quelques jours du vote, l’objectif est double : mobiliser la jeunesse, notamment celle qui défile dans la rue pour contre le réchauffement climatique, et prouver à tous les électeurs sensibles à l’écologie que la liste EE-LV est celle qu’il faut choisir.

«Aujourd’hui, ils sont tous écolos. C’est notre victoire d’avoir imposé ces sujets dans le débat public, nous sommes contents, tout le monde parle d’écologie ! Mais le problème, ce n’est pas d’en parler mais d’agir, souffle Jadot. Ils ont eu leur chance, les socialistes, les libéraux, Les Républicains. Et ils ont failli.» Selon l’ancien de Greenpeace, l’écologie est «la matrice qui réorganise l’économie» et qui «réorganise le social», parce que «notre écologie elle est sociale, parce qu’il n’y a pas d’écologie sans le social». Une phrase à destination de toute une partie de la gauche qui l’accuse d’avoir mis de côté la question sociale. Pas sûr que cela suffise à mettre fin aux coups. Les indécis sont nombreux et dimanche, c’est encore un peu loin.