Européennes: Yannick Jadot, l'écolo jusqu'au-boutiste

 

 

Yannick Jadot. - Philippe Lopez / AFP

PORTRAIT - Ancien directeur des campagnes de Greenpeace, élu au Parlement européen depuis 2009, le candidat EELV s'est obstiné dans le refus de faire la moindre alliance avec l'une des autres listes de gauche. 

"La ligne 'pure', ça n'existe pas", ont coutume de croire les hommes politiques expérimentés. Dans une élection européenne, scrutin proportionnel à un tour, où chacun veut un aperçu de son niveau réel sur l'échiquier, cette notion a tendance à s'estomper. La campagne de Yannick Jadot, tête de liste d'Europe Écologie-Les Verts, en est une bonne illustration. 

Depuis son adoubement par EELV, dès juillet 2018, l'ancien cadre de Greenpeace cultive son intransigeance vis-à-vis de ses concurrents. Y compris à gauche. Raphaël Glucksmann et Benoît Hamon se sont tous deux cassés les dents sur la frontière étanche érigée par l'eurodéputé écologiste. Et ce malgré la collaboration qui a lié ces trois personnages durant l'élection présidentielle de 2017, dans la galaxie du Parti socialiste. Tandis que l'essayiste avait co-rédigé l'un des grands discours du candidat PS, ce dernier avait réussi à intégrer Yannick Jadot dans son giron, le convainquant de renoncer à une candidature autonome des Verts. 

Parcours militant

Tout cela est désormais lointain. Aujourd'hui, le militant écologiste trace sa route. Avec une moyenne d'intentions de vote située entre 7 et 8%, cette route devrait lui permettre d'obtenir un troisième mandat au Parlement européen, enceinte qu'il connaît par cœur. 

Né le 27 juillet 1967 dans une petite commune de l'Aisne, Yannick Jadot a fait ses premières armes en politique en participant à la création du mouvement "La Déferlante" en 1986. Étudiant en économie à Dauphine, il se retrouve en charge d'organiser la manifestation d'hommage à Malik Oussékine. Après des expériences humanitaires au Burkina Faso, au Gabon et au Bangladesh dans les années 1990, il intègre l'ONG Solagral (Solidarité agricole et alimentaire), spécialisée dans le suivi des négociations internationales. Il adhère aux Verts en 1999.

Durant la présidentielle de 2002, Yannick Jadot endosse le rôle de go-between entre ses réseaux altermondialistes et l'équipe du candidat écologiste Noël Mamère. C'est dans la foulée qu'il devient directeur des campagnes de Greenpeace. Depuis ce poste, il participe à la création de L'Alliance pour la planète en 2006 et, l'année suivante, au Grenelle de l'Environnement organisé sous l'égide du gouvernement Fillon. 

Porte-parole de Joly

À l'occasion des élections européennes de 2009, il profite de la vague verte emmenée par Daniel Cohn-Bendit qui permet aux écologistes d'obtenir 16,28% des suffrages exprimés.

Ce succès historique de l'écologie politique en France n'empêche pas EELV de se fracasser, quelques années plus tard, sur le mur des ambitions divergentes. Après une primaire qui a vu l'appareil du parti se diviser entre soutiens de Nicolas Hulot et d'Eva Joly, c'est finalement cette dernière qui est choisie pour porter l'étendard vert-jaune à la présidentielle de 2012.

S'ensuit un véritable calvaire pour la magistrate franco-norvégienne, qui finira avec le score catastrophique de 2,31%. Initialement porte-parole de la candidate, Yannick Jadot quitte ses fonctions dès le mois de novembre en raison d'un désaccord sur la posture à adopter vis-à-vis du PS. À l'époque, certains "camarades" écologistes y voient une volonté de se ménager: la rumeur dit qu'il espère obtenir un ministère dans un futur gouvernement socialiste. Au final, François Hollande lui préfère Pascal Canfin, actuel numéro deux de la liste de La République en marche

Ségolène Royal rembarrée

Sept ans plus tard, les contacts sont quasiment rompus entre Yannick Jadot, le PS et Génération.s. La présidentielle de 2017 a irrémédiablement refroidi les rapports entre Benoît Hamon et l'ex-Greenpeace.  

"C’est bizarre, je pense qu’il veut éliminer tout le monde pour réparer un truc, c’est du ressentiment, des trucs personnels qui dépassent l’intérêt général", analysait récemment auprès de Libération l'eurodéputé Guillaume Balas, lieutenant de l'ex-candidat socialiste à la présidentielle. 

Seul dans son couloir, la tête de liste EELV rejette toutes les mains tendues, notamment celle de Ségolène Royal, qui lui propose en décembre 2018 de faire un ticket. "Je n'ai pas envie de rentrer dans ces magouilles", lui répond-il sèchement sur notre antenne. En mars, Yannick Jadot déroute son propre camp en affirmant vouloir dépasser le clivage gauche-droite. Auprès du Figaro, il se proclame pour l'économie de marché, pour la libre entreprise et l'innovation". 

"Rassembler" l'écologie politique

Dans la dernière ligne droite, le militant de toujours affiche sa confiance, le but étant, au vu des sondages, d'être la première force de gauche en dépassant La France insoumise. Et ce en tapant sur à peu près tout le monde, à commencer par LaREM, à qui il reproche de faire du "green-washing" en faisant de l'écologie l'un des points phares de son programme. 

"Il y a les proglyphosates, les antiglyphosates, les pronucléaires, les antinucléaires. Emmanuel Macron a toujours arbitré dans le sens des pesticides, de la chasse et du nucléaire", dénonce Yannick Jadot lors de son meeting au Cirque d'hiver à Paris, le 21 mai.  

Et le candidat de mettre en cause le duel LaREM-Rassemblement national "organisé" par Emmanuel Macron:

"Un président qui a fait de l’Europe un grand thème de sa campagne présidentielle, et qui joue 'moi ou le chaos', c’est une désertion lamentable!"

Comme le rappelle Le Monde, Yannick Jadot et les Verts réfléchissent déjà à l'étape suivante, celle d'une écologie politique (enfin?) "rassemblée". Vaste programme.