Jean Triguero : «Mélenchon et Macron ont dynamité la gauche»

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Jean Triguero, responsable du PC de l'Ariège.

 

Triguero, le secrétaire départemental du PCF en Ariège, a pris du recul pour analyser les résultats des élections européennes et penser l'avenir. Pessimiste dans l'immédiat, il lance des pistes de reconstruction de la gauche à moyen terme.

Le PC était à 2,49 % au niveau national lors des dernières élections européennes et à 3,42 % en Ariège. Déçu ?

On fait quasiment un point de plus en Ariège. C'est dû à notre ancrage passé. Mais c'est la situation plus globale de la gauche qui m'inquiète. On fait ce qu'on peut dans ce département, mais on est aussi affaibli que toutes les autres forces de gauche. En 2017, Mélenchon a bénéficié du terreau cultivé depuis des années par le PC, cheville ouvrière de la politique de rassemblement à gauche, ce qui a favorisé l'élection de deux députés de la France insoumise dans ce département. Chez nous, il y a eu des divisions. Des membres du PC se sont sentis bien à la FI. À tel point que Bénédicte Taurine est membre du PC encore aujourd'hui, ce qui contribue à la confusion dans les esprits mais aussi à affaiblir le PC dans le département.

La France insoumise n'est pas en grande forme non plus !

Le problème, c'est la grosse tête et l'esprit hégémonique. La gauche a été dynamitée par Macron mais aussi, d'une certaine manière, par Mélenchon.

Mélenchon aurait dynamité la gauche selon vous ?

Oui, par ce désir d'hégémonie politique. La personnalisation de Mélenchon, bête de scène, a permis de rassembler les forces de gauche. Avec près de 20 % des voix à la présidentielle, il avait une obligation de continuer à œuvrer au rassemblement. Il avait la légitimité pour ça. Mais il a tout gâché en se lançant dans une stratégie de populisme, en essayant de piquer des voix au FN. Un populisme de gauche sur un créneau déjà occupé par la droite extrême, on ne peut pas rivaliser. Il a pourtant été sur les mêmes terrains, un peu de nationalisme, de la protestation contre les mesures sociales, mais sans une affirmation assez claire qu'il y a des choses inacceptables au FN.

Si. Il a critiqué le RN quand même !

Oui, mais tout en flirtant un peu avec. Sur l'immigration, c'est la seule formation de gauche qui a refusé de signer un texte dans lequel il était demandé d'accueillir les immigrés correctement. On ne chipote pas avec ça. Lui, il a un peu mégoté en essayant de partir sur les origines de l'immigration. Avec le taux d'abstention qu'il y a, il a tout foutu en l'air. C'est dommage. Car j'ai adoré Mélenchon. Je me demande si j'ai eu raison de vouloir qu'il soit le candidat de toute la gauche. Ajoutez à ça une absence de clarté dans ses objectifs, et voilà le résultat. C'est une organisation politique qui ne veut pas dire qu'elle en est, avec un petit cercle qui décide pour tous les autres.

Que proposez-vous ?

Aujourd'hui, on a de la misère et une désespérance importante à cause de la casse industrielle. Dans le Pays d'Olmes qui a connu ça, le FN réalise un score très élevé. Pour tout vous dire, je vois l'avenir difficilement. En fait, la question est de reconstruire une gauche sur des bases humanistes, écologistes, antilibérales et de justice sociale. Il y a nécessité de créer des passerelles plutôt que des murs. Il faut reconstruire quelque chose à gauche, alors que c'est un tas de ruines. Il faut rechercher de nouvelles façons de se parler, de prendre des décisions en commun. Décider ensemble, en respectant les idées des uns et des autres.

Alors, optimiste pour l'avenir ?

Je suis pessimiste sur l'immédiat. Ce n'est pas du jour au lendemain qu'on va faire renaître une force politique alternative dans ce pays. Par contre, je reste un optimiste déraisonné qui voit toujours le bon côté des choses malgré le froid et la neige. Il y a du positif pour aller de l'avant. De toute façon, s'il n'y a pas d'alternative politique, la crise morale, des valeurs et du pouvoir d'achat va aller en s'aggravant. Il faut inventer des formes de rassemblement inédites. Aujourd'hui, il y a une crise des partis politiques ; il faut réfléchir à ça. Il faut un mouvement d'alliance de partis politiques, mais pas que. Comme dirait le maire de Montreuil, «c'est plus difficile de créer un troupeau de chats que de moutons». Pour arriver à faire du commun, c'est très compliqué. Mais pour arriver à construire quelque chose, c'est le passage obligé.

  

Propos recueillis par Béatrice Dillies