Les mises en garde du patron des Verts à Yannick Jadot

 

 

David Cormand, le secrétaire national d’EELV, a ouvert la rentrée de son parti à Toulouse en invitant ses troupes à éviter «la tentation de l’arrogance». En filigrane, le député européen s’est attaqué à Yannick Jadot, accusé d’avoir pris la grosse tête depuis son très bon score aux élections européennes.

De notre envoyé spécial à Toulouse

Chez les Verts, il y a deux façons d’apprécier le bon résultat des élections européennes. D’un côté Yannick Jadot, qui fut le chef de file d’EELV lors du scrutin, y voit le point de départ d’une «incroyable ambition pour la France», et de l’autre le patron du parti, David Cormand, qui prévient contre «la tentation de l’arrogance» et «la tyrannie des égos».

Jeudi à Toulouse, le secrétaire national du parti a ouvert la rentrée de son parti en calmant les ardeurs des plus audacieux. «Parce que nous avons vocation à conduire la construction d’une alternative majoritaire dans le pays, nous devons avoir la modestie chevillée au corps», a-t-il lancé, quand, dans le même temps, Yannick Jadot est obligé de répéter «qu’il n’a pas la grosse tête» depuis les européennes. La phrase a le mérite d’être claire: «Aucune étoile filante ne peut se prévaloir de notre succès commun pour écrire une trajectoire solitaire». «Yannick n’était pas visé. La tyrannie des égos concerne tout le monde», veut croire un proche de la nouvelle «star» des écologistes.

Jadot attendu vendredi devant 2000 personnes

Devant la salle pleine de l’Université du Mirail, David Cormand a continué à se démarquer: «Jadis nous avons connu des partenaires écrasants, méprisants, remplis de la morgue des dominants. La mémoire de leurs erreurs doit nous guider», a-t-il dit. Et alors que Yannick Jadot plaide pour une écologie libérée de la gauche plurielle, David Cormand a jugé «qu’aucune personnalité ne peut réussir seule». «L’histoire récente l’a montré: c’est ensemble que nous sommes une force qui compte», a-t-il souligné tandis que d’autres figures du parti, à l’instar du maire de Grenoble Eric Piolle, mettent en garde contre la volonté d’EELV d’imposer son hégémonie aux autres partis de gauche.

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Ce discours illustre la tâche difficile qui attend Yannick Jadot. L’eurodéputé doit s’exprimer vendredi devant les 2000 militants attendus. Malgré les 3 millions de voix obtenues en mai dernier -un record pour EELV - il doit encore convaincre les militants écologistes, lesquels ont la culture du chef en horreur et sont rétifs à un recentrage de leur mouvement.

La dernière mise en garde de David Cormand n’est d’ailleurs pas anodine. «Nous ne sommes pas sortis de la tutelle sociale-démocrate pour nous perdre dans le marais centriste», a-t-il dit. EELV aborde les élections municipales avec de grandes ambitions mais s’interroge sur les alliances à construire pour remporter des villes. Yannick Jadot prône un «pragmatisme» municipal qui irait jusqu’à des maires divers droite à la fibre écologiste, ce qui irrite un certain nombre de cadres déjà surpris au printemps par ses mains tendues aux milieux économiques.

«Il faut avoir le désir absolu de gagner sinon on se raconte des histoires»

Yannick Jadot

En arrivant en fin de journée à Toulouse, Yannick Jadot a forcément eu à réagir au discours de son camarade. «Il faut être modeste, oui, par rapport aux enjeux et à la situation, mais il faut avoir une ambition extraordinaire. Il faut avoir le désir absolu de gagner sinon on se raconte des histoires, alors qu’on a que quelques années pour éviter le chaos climatique et l’anéantissement de la biodiversité». À son tour de faire une mise en garde: «Je n’imagine pas une quelconque envie de querelle» de David Cormand, «je suis ici pour l’unité du mouvement et pas pour retomber dans ses travers».

Contraint par les règles internes d’EELV à quitter le secrétariat national pour siéger au Parlement européen, David Cormand laissera la place à une nouvelle direction en novembre, à l’issue d’un congrès décisif qui définira la nouvelle ligne politique d’EELV. «J’y prendrai part», a prévenu le patron sortant qui est proche de Sandra Regol et Julien Bayou, deux membres de l’actuelle direction qui ambitionnent de prendre la suite mais qui font face aux réticences de Yannick Jadot. Ce dernier rétorque qu’il veut une direction élargie à ses proches. Et Jadot de lâcher: «Pas de tête coupée: ni la mienne ni les autres».