Propos sur Extinction Rebellion : Ségolène Royal tente de rectifier le tir

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Lundi matin, l’ancienne ministre de l’Écologie avait demandé à ce que le mouvement, qui se présente comme non-violent, soit "réprimé très rapidement"

Les propos de l’ancienne ministre sur France Inter lundi ont suscité de nombreuses réactions. Retour sur une polémique. 

Ce que Ségolène Royal a dit. Question de Léa Salamé lundi dans la matinale de France Inter : "Il y a des mouvements écologiques plus radicaux que d’autres. c’est le cas d’Extinction Rebellion (…) qui revendique la désobéissance civile pour sauver la planète. Cette forme-là de militantisme est-elle légitime à vos yeux ?". "Absolument pas", a répondu lundi matin Ségolène Royal. "D’ailleurs, a-t-elle enchaîné, "il y a une instrumentalisation de l’écologie par ces groupes violents. Il faut les réprimer très rapidement parce que c’est une dégradation de l’image de l’écologie, de l’image de l’environnement et ça risque de disqualifier les actions pro-environnementales qui risquent d’être associés à ce type d’agressions et de violences. L’écologie, c’est la paix".

 

 

Ce qu’ont répondu les militants d’Extinction Rebellion. "Ses propos témoignent d’une méconnaissance de ce qu’on est. La violence ne fait pas partie de notre registre. Nous sommes un mouvement non-violent", réagit Nicolas, membre actif d’Extinction Rebellion à Bordeaux, interrogé par Sud Ouest. "De toute façon, en matière d’instrumentalisation de l’écologie, Mme Royale en connaît un rayon", lâche le militant.

"Je la trouve complètement hors-service, parce que, vraiment, une des bases du mouvement, c’est la non-violence", témoigne un autre membre d’Extinction Rebellion interrogé par le Huffington Post lundi à Paris, en marge de leur action à Châtelet. "Je pense qu’elle aurait dû attendre un peu avant de prendre position comme ça. Ça risque de ne pas la servir, on est un groupe purement non violent", poursuit un autre.

Les précisions de Ségolène Royal. Devant la multitude de réactions suscitées par ses propos, Ségolène Royal a publié lundi en fin de journée sur son compte Facebook et Twitter "plus d’informations". "C’est contre la violence que je me suis exprimée et en aucun cas contre les mouvements pacifistes qui défendent la planète. L’écologie ne doit en aucun cas être victime de la violence par le rejet et la peur que celle-ci provoque", écrit Ségolène Royal sans citer explicitement Extinction Rebellion.

Ce qu’il en est. Le mouvement Extinction Rebellion est né au Royaume-Uni fin 2018 à l’initiative d’universitaires notamment, inspiré par la stratégie de lutte pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1960. Le mouvement, qui entend dénoncer l’inaction "criminelle" des gouvernements face à la crise climatique, prône la désobéissance civile en menant des actions médiatiques mais se revendique comme non-violent. 

De Sydney à Londres en passant par Le Cap, les militants écologistes ont entamé depuis lundi deux semaines d’actions coups de poing dans le monde.  Des blocages ont eu lieu dans plusieurs villes, dont Paris, Londres, Washington et Berlin.

Le mouvement, qui s’est étendu grâce aux réseaux sociaux, revendique aujourd’hui 500 groupes dans 72 pays. "Le succès d’Extinction Rebellion s’explique par le fait qu’il se cristallise autour d’un temps d’action très court pour organiser la transition écologique", explique e sociologue Yann Le Lann interrogé par Le Monde."Les marches pour le climat n’ayant pas débouché sur des avancées conséquentes, les gens se tournent vers des mobilisations plus radicales. Le fait de rester dans la non-violence permet de conserver l’assentiment d’une large partie de la population", analyse-t-il.