"Ils se stigmatisent eux-mêmes" : ce que Mélenchon disait du port du voile à "Marianne" en 2010

 

 

En 2010, Jean-Luc Mélenchon estimait que les femmes voilées "se stigmatisent eux-mêmes". Aujourd'hui, il signe un texte rédigé à l'initative d'activistes qui estiment que la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école est "liberticide" pour les musulmans.

Bien sûr, certains diront que Mélenchon se prononçait alors sur le cas d'une candidate voilée du Nouveau parti anticapitaliste, que le contexte était bien différent, que les deux positions - celle d'hier et celle d'aujourd'hui - ne sont vraiment pas incompatibles. Mais tout de même, il faut relire ce que disait du voile, en 2010, le dirigeant du Parti du gauche. Et là, le changement de cap paraît manifeste. Car ce dimanche 10 novembre, le député de Marseille participera à une "marche contre l'islamophobie" après avoir paraphé une tribune sur le sujet dans Libération en compagnie de signataires proches des frères musulmans. Il y est question, entre autres de "lois liberticides" contre les musulmans. Les initiateurs n'ont pas caché qu'il s'agissait, dans leur esprit, de la loi contre les signes religieux à l'école de 2004 et de la loi de 2010 interdisant notamment le voile intégral. Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon a expliqué qu'il a compris l'expression "lois liberticides" comme renvoyant aux "lois sur l’état d’urgence qui permettent tous les abus ou celle du Sénat contre le seul voile des parents accompagnatrices bénévoles de sorties scolaires". Certes.

Le 4 février 2010 donc, la sensibilité du fondateur de la France Insoumise était toute autre. Interrogé par Marianne (nous reproduisons l'interview, également disponible ici, en annexe de cet article), il critiquait vertement le parti de Besancenot pour avoir présenté une candidate voilée aux élections régionales. Et développait une pensée orthogonale à celle des initiateurs de la tribune de Libération. Interrogé sur l'"atmosphère d'islamophobie" évoquée par la candidate du NPA, celui qui était alors député européen tapait particulièrement fort : "En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes — car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate — et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes." Et d'ajouter : "Il faut penser à tous ces gens qui n’ont tout simplement aucune religion." Neuf ans plus tard, Jean-Luc Mélenchon les aurait-il oublié, ceux-là ?